Laure Hanouna

Billets de leavittbulldog

Méthode coercitive versus méthode éthologique

Oui, une chose est certaine: tout le monde (et surtout les éducateurs canins) a son opinion sur la question!

J'ai longtemps résisté à l'envie de rentrer dans ce débat, tout simplement parce que je considère qu'il n'y en a pas. Pour ou contre, peu importe... pour moi, il y a la science. Il y a ce qu'on savait en 1970-1980, et ce qu'on sait aujourd'hui, 40 ans plus tard. Lorsque j'ai fait mes premiers pas sur un terrain d'éducation, j'ai appris la méthode "naturelle". Avec le recul, je me dis qu'elle n'avait pas grand chose de naturelle, si ce n'est qu'après avoir forcé le chien à se coucher, ou lui avoir donné une saccade sur le collier, on lui donnait une friandise (oui, manger c'est naturel!) pour le féciliter d'avoir abdiqué (ou subit un peu de violence, c'est selon...). Je me suis très vite rendu compte que la violence amenait la violence, et qu'il me restait deux options: tuer mon chien de mes propres main (je n'étais pas assez douée pour l'avoir cassé) ou changer de méthode. Vous vous en doutez... j'ai opté pour la seconde option.

C'était il y a 17 ans, et à l'époque, il n'y avait pas de débat. Il y avait ceux qui faisaient comme d'habitude, et ceux qui aspiraient à un changement. Je me suis renseignée puis formée à une méthode scientifique: le clicker training. Oui, scientifique. Bien entendu, comme toute science, elle ne peut fonctionner que si elle est bien appliquée, et ce n'est pas parce qu'on connait une science qu'on en maîtrise l'usage! J'ai à mon tour formé de nombreux élèves, dont certains sont devenu éducateurs canins. Les années passant, le langage a évolué: on parle de méthode R+, de renforcement positif, etc. Peu importe comment on l'appelle... les bases sont posées.

En novembre, j'ai lu un article qui pour moi apporte bien des réponses à ce débat houleux, ou du moins, il l'éloigne de l'approche émotionnelle en lui apportant une notion scientifique. Je vous en cite la partie, qui selon moi, est la plus représentative de ce qu'on peut optenir d'une méthode faisant appel à la force et à la contrainte physique:

"L'on ne peut que faire le parallèle avec les méthodes de certains dresseurs qui, en peu de temps, obtiennent des résultats qu'aucuns jugent spectaculaires. Bien sûr que les tenants des méthodes coercitives ont des résultats, et rapides! Ils forcent l'animal à se soumettre à leur vouloir, faisant complètement fi de ce qu'il pourrait, lui, désirer.

On ne le dira jamais assez: un comportement n'apparaît pas par hasard, il répond à une motivation profonde. Vouloir redresser le comportement sans tenir compte des causes qui ont mené le chien à l'adopter, c'est forcer l'animal à se taire. Le comportement pourra être contrôlé, muselé, mais les causes sous-jacentes seront toujours présentes... Peu à peu, certains chiens se retirent ainsi dans des recoins silencieux de leur être où plus rien ne peut les atteindre. Ils sont dépossédés d'eux-mêmes, retranchés dans des limbes mortifères. Certains ne s'en remettent jamais..."

Extrait de l'article: "Détresse acquise, inhibition de l'action, syndrome de Klüver Bucy: pour aller plus loin..." par Marie Perrin, paru dans "Info Chiens" n°11-12 Novembre-Décembre 2016. Publié avec autorisation écrite de l'auteur.

Je pense que le débat "pour ou contre" est stérile et sans fin, chacun argumentant de manière émotionnelle ou égocentrique, portant plus haut la voix de celui qui maîtrise le mieux verbe et  outils marketing. Pour ma part, j'ai choisi la science, la biologie et l'éthologie. J'ai choisi d'écouter ce que l'animal nous dit, tentant de répondre au mieux à ses besoins et à ceux de son propriétaire. J'ai choisi d'appliquer une méthode scientifique, tout en observant les comportements du chien dans le but de trouver la réponse la plus adéquate, dans le respect de l'animal et celui de son maître.

Mes premiers pas en tant que simple propriétaire et conducteur de chien se sont fait sous le règne de la contrainte. Suis-je une repentie? Non, je ne le pense pas... tout simplement parce qu'à l'époque, il n'y avait pas d'autre choix. Il fallait dominer son chien sous couvert d'une vie infernale avec lui, dixit les spécialistes du chien. Aujourd'hui, on trouve pléthore d'information sur internet, des livres, des cours, des stages... sur une approche comme sur l'autre. Aujourd'hui, on ne peut plus nier l'existence des différentes méthodes; elles sont plus que visibles.

J'ai fait mon choix... à vous de faire le votre en connaissance de cause!