Théories de la dominance... la genèse

18 ans que j’exerce en tant qu’éducatrice canine, et presque autant d’années à me demander d’où venaient les fondements théoriques qu’on m’avait enseigné.

A mes débuts, j’ai appris le «tradi-bonbon» (on récompensait avec des friandises, mais toute mauvaise action était sanctionnée, majoritairement avec la laisse). Cette méthode ayant donné que très peu de résultats sur mes chiens de l’époque, je me suis assez rapidement tournée vers le clicker training. Quelle découverte!! J’avais en main un outil fabuleux qui me permettait d’obtenir tout comportement (ou presque) souhaité... et en plus sans appliquer la moindre contrainte physique (je n’utilise presque plus le clicker, mais je vous l’expliquerai dans un autre article). Si dans la pratique (et assez vite dans la théorie) j’avais changé ma façon d’entraîner et d’enseigner, dans la théorie, ça a pris trois à quatre années de plus... mais ce qui m’a pris presque 20 ans, c’est de comprendre d’où venaient ces théories de la dominance, si chères à mes pairs et si encrées dans les mentalités.


Qui avait un jour décidé qu’un chiot devait «souffrir» en étant forcé à rouler sur le dos? Qui  avait mis sur pied tous ces conseils basés sur l’observation  du loup? Conseils que nous avons tous connus et plus ou moins répétés tels de bons perroquets?

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2019... j’ai trouvé la réponse suite à la lecture du livre du Dr Wynne «Dog is Love»!!!!

«How to be your dog’s best friend» («Comment être le meilleur ami de votre chien») écrit par The Monks of New Skete (Les Moines de New Skete, qui aujourd’hui encore éduquent des chiens et élèvent des bergers allemands) en 1978. Dans ce livre, les moines expliquaient que les chiens, parce que le chien descend du loup, ne pouvaient que comprendre la vie de meute et de plus, qu’une meute est une communauté hiérarchiquement organisée dans laquelle le conflit pour les statuts (dominant, soumis, etc.) menacent sans cesse de sortir à la surface. Pour les moines, en 1978, la majorité des échecs que les gens rencontraient étaient liés à cette méconnaissance de la vie sociale des chiens et à laquelle on pouvait remédier en asseyant notre «dominance» sur les membres canins du foyer. Le pire conseil que les moines ont émis a été le fameux «alpha roll». Durant cette manoeuvre, le propriétaire de chien était encouragé à imiter la discipline imposée par un loup alpha envers un subordonné. Plus spécifiquement, les moines enseignaient aux propriétaires à tourner le chien de manière abrupte sur le dos, en le saisissant fermement par la gorge tout en le réprimandant fortement. (Cette technique a été abandonnée dans la ré-édition de leur livre en 2002 déjà).


Dans leur livre, et c’est tout à leur honneur, les moines sensibilisaient les propriétaires sur l’aspect social du chien et l’importance de faire attention au confort du chien et son contentement. Ils soulignaient le besoin d’activités sociales nécessaires au chien et encourageaient à inclure l’animal dans la vie quotidienne. Leur enseignement sur une ouverture humaine empathique envers le chien est plus que louable (pour l’époque) et il aurait été utile que ce message soit tout autant retenu que l’alpha roll.

A la décharge des moines, les recherches sur les loups en 1978 n’étaient pas encore aussi fournies qu’aujourd’hui. Les études sur les différences physiologiques des chiens et des loups étaient elles aussi à l’état embryonnaires. A l’époque, les rapports concernant les loups étaient basés sur l’observation de larges groupes d’individus sans relation (filiale) entre eux et vivant en captivité. Ces études soulignaient un haut niveau d’agressivité concernant la compétition pour les status hiérarchiques entres les loups étudiés.
Grâce au travail et recherches de David Merch, nous savons aujourd’hui que le mâle et la femelle «alpha» sont en général les parents des autres membres du groupe. Leurs relations sont certes hiérarchisées mais pas plus que celles qu’on peut retrouver entre les membres d’une famille humaines. Les animaux alpha montrent plus d’attentions pleines d’amour envers les autres membres du groupe que de la violence, et les groupes de loups sauvages ont un taux d’agressivité très bas.

Voici une vidéo dans laquelle David Merch explique pourquoi parler de loup «alpha» n’est plus d’actualité (en anglais):

 

En conclusion, aux vues des découvertes scientifiques de cette dernière décennie, il m’apparait clair que la notion de dominance telle qu’elle a été enseignée ces 20 (+++) dernières années est devenue totalement obsolète, et encore plus lorsqu’elle est mise en lien avec l’éducation du chien. Le fait d’éduquer un chien n’a rien à voir avec le fait de le dominer (ou son manque d’éducation indiquerait qu’il nous domine). Il s’agit simplement d’apprendre à nos compagnons canins comment se comporter dans notre société, et quelles règles (contraintes) s’appliquent pour vivre en bonne harmonie avec les humains.

 

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